Pourquoi le français est souvent remplacé par l’anglais

ID-100230255De plus en plus de formulations françaises, pourtant simples et compréhensibles, se voient bousculées par une vague de termes en anglais.
Cela peut se comprendre lorsqu’il s’agit de nouvelles notions importées et partagées dans le monde entier, particulièrement dans les secteurs des technologies, de la finance, de l’innovation, dans ceux du business et du marketing.

Mais attention : cela peut aussi donner un néologisme ou autre franglais jusqu’à en devenir ridicule…

Do you speak branché ?

Autant, des termes comme « teasing » ou « teaser » font depuis longtemps partie du champ lexical publicitaire, tout comme start-up dans le monde de l’entrepreneuriat (bien que beaucoup ont toujours du mal à en donner une définition claire), autant aujourd’hui, on voit passer une accumulation de notions, d’adjectifs ou de noms communs, qui restent en anglais : showroom, burn-out, bootcamp, lean, pitch, streaming, coworking, responsive, design thinking…

De même, Start-up est resté tel que, car le français « jeune pousse » n’a pas vraiment pris.
Ou encore reach (« portée »), signifiant ici : influence, visibilité, le fait que l’on puisse vous atteindre et donc parler de vous, relayer.

On a donc tendance à garder les termes anglais : c’est plus simple, plus court, plus facile.

Néanmoins, certaines formulations viennent remplacer, sans crier gare, des expressions qui existaient déjà en français…

  • Mission statement (« état de mission ») : il s’agit tout simplement de la feuille de route… Mais ça, c’était avant.
  • Supply chain : chaîne logistique.
  • Leasing : crédit-bail.
  • Spin off : essaimage.
  • Outsourcing : externalisation.
  • Crowdsourcing : collaboration (ou externalisation ouverte), participation de la foule.
  • Crowdfunding : financement par la foule (financement participatif).
  • Show-room : magasin d’exposition.
  • Business intelligence (BI) : veille économique (ou intelligence économique).
  • Cluster : groupe. On parle de « grappe » pour imager le principe, à l’instar du nuage (cloud).
  • Process : procédé… ou processus.
  • Wording : utilisé en marketing, il tend à remplacer le tout simple et très clair « formulation », ce qui m’énerve considérablement.

Un article intéressant de Slate.fr développe le sujet : franglais et anglicismes.

You know what I mean (de crayon) ID-10029820

Il est bien sûr tentant d’utiliser systématiquement tous ces mots anglais qui résonnent, qui font branché, qui font « business », pro, expert (pseudo expert souvent), mais je remarque aussi que l’on perd pas mal de temps à expliquer à des clients peu qualifiés en langue, ce que signifie ce jargon.

Beaucoup de marketeurs débitent à la minute des tonnes de termes en anglais. Comme si le fait d’empiler un vocable suffisait à être logique et à démontrer une notion avec une clarté imparable.

Ainsi, au client auquel vous répondez « je vais vous créer une super landing page en flat design« … Oui, bien sûr. (Une page de lancement en design plat, pour ceux qui n’auraient pas suivi). Vous croyez que cela va l’impressionner ? Il a surtout besoin de comprendre et d’être assuré d’une création à son image, adaptée à ses objectifs et aux habitudes des internautes (utilisateurs).

En ce qui me concerne, j’essaie toujours de dire :

  • « actualiser » au lieu de « updater ».
  • « modèle économique » au lieu de « business model ».
  • « page d’accueil » au lieu « homepage »

Soyons honnête : bien évidemment, je suis comme tout le monde, et je m’entends dire plus souvent page rank à la place d’indice de popularité…

Pourquoi utilise-t-on l’anglais ? ID-100207003

L’usage par une majorité vous contraint parfois à suivre le mouvement…
Ainsi, il y a quelques années, dans mon métier, je parlais de « communication narrative » : j’en suis revenu à employer le terme storytelling.

J’ai un aveu à faire (vous le gardez pour vous) : j’adore la langue française, il m’arrive pourtant d’écrire ASAP (alors que AQP est plus court !).

Tout dépend à qui l’on s’adresse et de l’activité.
Le français est une langue magnifique et littéraire. Mais sur un plan professionnel et dans le monde des affaires, la mondialisation n’a cure des circonvolutions syntaxiques de la langue de Voltaire, Proust ou Zola.

Voyez comme pour tout développeur qui code, les langages sont le plus souvent en anglais. Quand une « communication » a une dimension internationale, il est évident que l’on utilise la langue qui prédomine, tout simplement.

Employer des mots anglais n’est pas nouveau, quelle que soit l’activité ou la discipline.
Je me souviens qu’en 1979, quand j’ai eu mon premier walkman, on ne disait pas encore baladeur. Et quand je m’éclatais en windsurf (pardon, en planche à voile) ou bien en skateboard (pardon en planche à roulettes), il est évident que fusait déjà une quantité impressionnante de vocabulaire américain, notamment pour illustrer des figures !

Contrairement aux lois en vigueur au Québec, très sévères sur la question – les Québécois étant les champions de la défense de la francophonie –, en France, on est libre de parler comme on veut. Mais il est dommage que des Français qui échangent entre eux, utilisent un mot anglais récent alors que l’équivalent en français existe bien, et depuis longtemps.

Le principal, dans un cas comme dans l’autre, étant que l’on sache de quoi on parle…


* Le saviez-vous ? Les mots d'une langue étrangère qui ne figurent pas dans le 
dictionnaire, sont à mettre en italique (en romain si inclus dans un texte déjà 
en italique). Une règle rarement respectée !

+Anne Ropion

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3 réflexions au sujet de « Pourquoi le français est souvent remplacé par l’anglais »

  1. Ping : Wording, anglicisme pour dire formulation | Scribécom

  2. Ping : LIGNE ÉDITORIALE, L’ATOUT INFERNAL | Scribécom

  3. Graphemeride (@Graphemeride)

    Bonjour

    Effectivement l’anglais prédomine souvent dans le monde technique et surtout dans celui de l’informatique où la France se distingue peu. Le vocabulaire d’ailleurs est souvent plus simple que le nôtre dans ce secteur du moins.
    D’un autre côté, il ne faut pas oublier qu’en dehors de ces domaines le français conserve sa prééminence en anglais dans tout ce qui touche à ce que l’on pense être le point fort de l’hexagone : la galanterie 🙂 Et les deux langues tirent profit de cet enrichissement mutuel.
    Cela étant, comme vous le soulignez si bien dans votre article, l’abus d’un vocabulaire anglais frise souvent le ridicule dans sa volonté d’être « in » 🙂 le monde de la mode en est un excellent représentant.
    Merci pour cet article.

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Commentaires

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