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L’élégance des mots, une question de style

nature-711415_960_720En cette fin d’année où les fêtes prêtent à rêver, j’ai envie d’aborder une notion qui me tient à cœur : l’élégance.
Il y a celle du style, de l’apparence, d’un comportement naturel, d’un geste, d’une posture, qui ne s’explique pas. Il y a l’élégance des choses, meubles, décors, objets design. Il y a surtout l’élégance des animaux – de l’oiseau jusqu’au cheval –, qui tous ont une élégance naturelle qu’on ne se lasse pas d’observer.
Et puis il y a l’élégance des mots…

Le flux incessant de phrases qui dévalent les autoroutes de l’information pour faire naître une logique, une idée, une démonstration, une information, une pensée, nourrit le tourbillon d’une langue riche. Une langue qui n’attend qu’une chose : que son façonneur lui fasse l’amour.

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Quelle différence entre punchline et wording ?

Wording : des mots pour guider

Le wording est le terme anglais qui tend à détrôner le mot français « formulation », lequel pourtant veut bien dire ce qu’il veut dire. En marketing, « wording » apparaît plus précis car il se focalise parfois sur un seul mot. J’en ai parlé ici.

Sur un site, le wording va donc servir à informer, à indiquer une action, par exemple sur un bouton, un picto, mais il définit également les mots placés en onglet de menu… allant même jusqu’à la création de titres.

C’est assez simple et Lire la suite

Rédaction : le sens des mots

Le français est une langue merveilleuse. Mais attention à bien la maîtriser pour se faire comprendre. Pour cela, il n’y a pas de mystère, il s’agit, entre autres, de connaître la bonne définition du vocabulaire employé.

MEMEARNOLDEXEMPLE
La Tribune publiait en juillet 2015 un article intitulé :
le digital n’épargnera personne !
(Les twittos surfeurs observeront d’ailleurs que la phrase utilisée dans la balise meta pour le SEO, contient, à la place, le terme « numérique ».)

Le verbe « épargner » questionne.

SIGNIFICATIONS Lire la suite

Orthographe du mot « start-up »

pur2dfc5cd09348de4fStart-up : depuis que ce terme circule – particulièrement concernant une activité en lien avec une technologie ou un service via Internet – on le voit écrit à toutes les sauces ! Face à mon propre doute, la curiosité m’a poussée à enquêter pour en avoir le cœur « Net » une fois pour toute.

Une recherche sur Internet montre une orthographe à 50-50 : quels que soient le support de presse, le blog, le contenu de site, ce mot est utilisé tantôt avec un trait d’union (start-up), tantôt tout attaché (startup). Définition du mot en passant.

startup ou start-up ?

Au tout début de son emploi aux États-Unis (il y a fort longtemps), on l’écrivait Lire la suite

À la recherche du sens perdu

Humeur du jour…

Ce matin, on apprend qu’un particulier – en l’occurrence un étudiant à l’époque – a eu l’idée de réserver un nom de domaine : « univ-rennes » avec l’extension .fr. Les universités rennaises fusionnant il y a peu, ont voulu choisir ce domaine pour leur visibilité en ligne. La négociation avec le jeune homme n’ayant pas abouti, l’Afnic, après hésitation, a dû trancher.

Cette anecdote me laisse perplexe. Au-delà de ce fait, touchant directement Internet et sur le fond duquel je reviendrai en seconde partie, je voudrais d’abord m’attarder sur la forme de son traitement par des journalistes et/ou webrédacteurs qui ont relayé l’information…

Un vocabulaire sensationnel qui éloigne du sens

newspaper-307829_640L’article de 20 minutes parle dans son titre de « vendre le site internet de l’université »…
Déjà, on dit site web, pas site Internet. Or ce n’était pas le site la cause de l’enjeu, mais uniquement le domaine. Le site http://univ-rennes.fr n’est même pas créé !
Ici, l’article de Digischool parle plus raisonnablement d’un étudiant qui essaie de « revendre », mais plus loin… « son propre site internet ». Non, il s’agit d’un nom de domaine, pas d’un site !

L’article de Ouest-France, qui le premier a parlé de cette histoire, annonce « Insolite. On a voulu voler le nom de l’université de Rennes« . Que de bêtises dans un seul titre !

Premièrement, ce n’est pas insolite du tout, et plutôt courant comme pratique dans le domaine d’Internet.

Deuxièmement, ce n’est pas du vol, tout a été fait dans les règles : une personne a simplement réservé un nom de domaine disponible… Étant sur le marché, il n’appartenait à personne, et a fortiori pas à l’université de Rennes.

Troisièmement : la formulation « le nom de l’université de Rennes » n’est pas employée ici correctement. Son nom est et reste évidemment « université de Rennes ». Mais l’affaire touche simplement le nom d’un domaine qui permet de se créer une adresse URL propre à un site web ! La tentative de revente ne se faisait pas sur le nom lui-même mais sur le nom de domaine… et uniquement avec l’extention .fr…

L’article de Jactiv parle carrément de kidnapping :
Oui, vous avez bien lu…« Kidnappée » ! Ce terme, extrêmement fort, signifie enlever quelqu’un pour une rançon. Le verbe kidnapper ne vaut que pour des personnes, pas pour des objets, encore moins pour une création virtuelle comme un nommage !

Cela en est ridicule. Mais plus encore, c’est inquiétant, car cela démontre une méconnaissance des mots avec lesquels on écrit, et avec lesquels on (mal)informe.
Un titre repris bêtement par des confrères qui y ont ajouté (quand même) des guillemets. 

Les faits

Le jeune homme n’a fait que réserver un domaine qui était libre, rappelons-le. Il n’a jamais mis en ligne de site. Le « site internet de l’université » mentionné dans l’article, n’existe pas encore ! Voilà que dix ans après, au dernier moment, ces deux établissements crieraient au loup pour « vol de domaine » ? Tout de suite les grands mots. On rêve ! 

Cette propension à écrire de manière de plus en plus éloignée du sens du vocabulaire employé, soit par inculture, soit par volonté d’attirer le client-lecteur-chaland par une titraille racoleuse, est tout bonnement devenue insupportable.

Pour information – mais qui a le temps de vérifier ses sources de nos jours ? –, ce domaine a été réservé pour la première fois en octobre 2006 (Whois) : cela ne fait donc pas dix ans, mais huit ans. En fait, sept ans et demi de location par ce jeune homme, puisque les universités de Rennes l’ont récupéré gratuitement (enfin, outre les 250 € versés pour le dossier à l’Afnic) en juin 2014. Source Afnic

À noter que, du coup, elles (les universités) se sont dépêchées de réserver aussi les extensions .com .eu .org .info .net .mobi et même .biz ! (.mobi a un hébergement).
Chat échaudé craint l’eau froide…

Comment trancher entre droit et morale ?

Association_Française_pour_le_Nommage_Internet_en_Coopération_logoApparemment, le jeune homme – qui en tout légalité était détenteur de la location de ce domaine – demandait une somme (on ne sait pas laquelle). Pourquoi pas, après tout, puisqu’il semble que tout se monnaie aujourd’hui.

De deux choses l’une (oui, je sais, l’autre est le soleil) : ces universités auraient pu y penser bien avant et anticiper, pour le principe, histoire d’être tranquille. Mais en France, la notion d’anticipation s’arrête à quelques mois et non quelques années… Celui qui a réservé ce domaine essaie de le vendre ? Et alors, marchander n’est pas un crime.

Les deux universités, qui n’en feront bientôt plus qu’une, mettent en avant leur « légitimité » : certes, sont-elles peut-être un peu plus légitimes sur un plan purement intellectuel, de cohérence. Mais pas forcément légitimes sur un plan commercial (du moins jusqu’à récemment apparemment).

Ce jeune homme a eu la présence d’esprit à l’époque (mercantile ou pas, peu importe) de le faire et de le réserver. Car c’est en effet un type de domaine assez important pour ne pas rester dans la nature ! Ce domaine aurait très bien pu être pris par une plate-forme qui en fait son activité principale, dans le but unique d’un trafic juteux et pour le coup, peu honnête.

Des réactions disproportionnées de chaque côté

Dans l’idéal (qui n’existe pas), la négociation aurait pu être simple : offrir une compensation à hauteur de 60 euros avec un supplément, par exemple arrondir à 100 euros et l’étudiant n’aurait pas réservé pour rien pendant dix ans. Les universités n’auraient alors pas eu à débourser 250 euros pour le récupérer. Bon, d’accord, ce jeune homme devait demander beaucoup plus, à l’instar de ces sites qui en font commerce dans un but effectivement totalement mercantile (voir paragraphe précédent).

Mais face à une somme qui paraît excessive, au lieu de se plaindre (alors qu’il n’y a pas de règle bafouée ici), pourquoi ne pas soupirer un bon coup, s’asseoir dessus et essayer alors de trouver un autre nom ? (Voir plus bas.)

Même en connaissant les détails de la procédure (cliquer sur ‘Source Afnic’ plus haut), cela montre encore une fois toute la difficulté de ce type de situation, au vu de l’hésitation dont a fait preuve l’association française pour le nommage Internet en coopération, vers laquelle se sont tournées les deux universités de Rennes.

Dans un premier temps, l’Afnic refuse à nos deux universités bretonnes la récupération de ce domaine (jusque-là c’est logique). Mais dans un second temps, l’Afnic revient sur sa décision, prétextant que toute collectivité territoriale française reconnue comme telle est, de fait, prioritaire. (Les règles juridiques concernant Internet évoluent chaque jour, rendant complexe la gestion de leur application.)

Beaucoup de bruit pour rien !

Nous avons affaire à une réaction très française. Aux États-Unis, les universités auraient payé un paquet pour racheter cette réservation et l’Icann aurait trouvé cela normal. « Ce domaine n’est pas libre ? Débrouillez-vous, premier arrivé, premier servi. »

Autre solution donc, se trouver un autre domaine…
Exemples : rennes-univ.fr est libre. Oui, juste l’inverse, tout simplement.
À titre d’information, le domaine suivant universites-de-rennes.fr (avec un s) est libre.
Il se trouve, de plus, que le domaine universite-de-rennes.fr (au singulier) est apparemment réservé depuis 2007 par l’université de Rennes 1 elle-même. Il suffisait d’ajouter un s… En tout cas, pas de quoi en faire un fromage ! Las, le jeune homme restant Gros-Jean comme devant, aurait peut-être laissé tomber sa location devenue inutile.

(Voir aussi mon article sur les noms de domaine.)

Billet de blog ou article de blog ?

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Billet ou article de blog ? Quelle est la différence, et d’abord y en a-t-il vraiment une ?

Soyons clairs : les termes « billet » et « article » sont a priori synonymes. Néanmoins sur le plan de la longueur, un billet est plus court et moins détaillé que peut l’être un article. C’est pourquoi on parle de « petit article » pour définir un billet.

En presse écrite, c’est donc un texte ne dépassant pas quelques lignes. Un billet a pour but de donner une information courte. Il est le plus souvent apparenté à une chronique ; on parle d’ailleurs de billet d’humeur, car à l’origine, un billet était satirique, humoristique, en tout cas ironique voire irrévérencieux.

Un rapport quelconque avec un billet de banque ? La forme… Disons que justement, le volume d’un billet est sensé tenir dans le rectangle d’un billet de banque. On parle aussi de billet de train, d’avion ou de spectacle, qui se rapproche beaucoup plus du « ticket ».

Un article de presse détaille davantage les faits. Il se veut plus poussé, que ce soit en terme d’information, de réflexion, de source, d’exemple, de démonstration.

Définition actuelle de billet : « Note ou article publié dans un blog ». En effet, sur le Web, on retrouve peu ou prou la même approche. Mais dans un blog par exemple – personnel ou professionnel –, un article pourra développer une réflexion en sus d’une information.
En tout état de cause, un texte de quelques lignes n’est pas suffisant pour être qualifié d’article. 

Or, aujourd’hui, quelle que soit leur longueur, les termes « billet » et « article » sont employés pour dire la même chose, c’est-à-dire pour qualifier la publication d’un contenu dans une rubrique « Blog » ou « Actualités ».

Contradiction en ligne

Pourtant, en tapant « billet de blog » et « article de blog », dans un moteur de recherche, c’est le mot BILLET qui ressort comme étant le plus utilisé pour parler d’une rédaction de blog. Peut-être parce qu’à l’oreille, « article » fait encore penser à la presse écrite, apparenté à une image plus sérieuse d’écriture, avec une trame : un chapeau, une accroche, des réponses aux 5W, des intertitres, une chute. Le mot billet, par ailleurs est visuellement agréable, doux et facile à prononcer.

Cette habitude est d’autant plus curieuse que, toujours en recherchant ces mots-clés, mais dans la catégorie Images cette fois, c’est la formule « article de blog » qui montre le plus de résultats…

La différence peut se faire aujourd’hui tout naturellement : un article (même sur Internet) reste la production d’un média d’information, au sens classique du terme, rédigé par un journaliste. Alors que billet, plus souple, sert à tout le monde, pour tout (et parfois n’importe quoi).

Internet, et surtout la vague des blogs, nous a finalement éloignés des définitions originelles. Dans la plupart des cas, on utilise les deux termes pour la même fonction, du moins sur le Web.
Vous me direz, billet ou article, peu importe, c’est le fond qui compte, le message.

Bien sûr, ne pas confondre ces formes d’information avec la rédaction d’une page dans un site Web, (présentation, biographie, etc.) qui reste du contenu qualifié de « texte », qui n’est pas construit de la même manière.

Alors, à votre avis, ce texte assez court que vous venez de lire est-il un billet ou un article de blog ?…