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Langage oral : des tics en rafale

0007644534Q-849x565Si vous avez une écoute attentive, il ne vous aura pas échappé que chacun d’entre nous peut présenter un tic de langage… (y compris votre serviteur). Il y a ceux qui débutent presque toutes leurs phrases par « c’est vrai que », ceux qui placent un très agaçant « effectivement » ou « absolument » à tout bout de champ, ceux qui ont toujours besoin de commencer par « écoutez », etc. De quoi vous faire dresser l’oreille !

Et vous, quel est votre tic de langage ?

Quelques fins de phrases :

… on va dire.       (Un des plus énervants ! Je ne l’ai jamais compris…)
… quelque part.  (Aussi énervant que le précédent.)
… voilà.                (Se place aussi bien en milieu de phrase qu’à la fin…)
… quoi.                 (Celui-là dépend des régions.)
… tu vois.
… d’accord ?        (S’entend souvent chez les parents s’adressant à leur enfant.)
… point barre.     (Un point, c’est déjà pas mal.)
mais pas que.  (A supplanté « mais pas seulement ».)
… ou pas.             (Ce tic récent est pratique en termes de diplomatie. Mais, il peut devenir exaspérant, voire ridicule.)

Quelques débuts de phrases :

Tout à fait…         (Quand il est répété dix fois.)
C’est vrai que…   (Idem.)
C’est clair…          
(Vient souvent en simple réponse, tout comme « carrément ».)
Sérieux…              (Erreur syntaxique qui a remplacé « Sérieusement ».)
En fait…
J’vais t’dire…
Disons que…       

Des erreurs récurrentes

Dire « entre parenthèses » au lieu de « entre guillemets ».
Ces expressions ne sont pas toujours utilisées à bon escient. Lorsque vous digressez (pour détailler une info ou pour donner un avis), vous ouvrez donc une parenthèse, que vous refermez ensuite, et vous pouvez le dire oralement. Lorsque vous vous exprimez au figuré ou bien lorsque vous prononcez une phrase ou un mot de manière ironique par exemple, vous soulignez alors le fait que, bien sûr, c’est entre guillemets que vous le dites… Cela sous-entend un « si l’on peut dire » ou « si j’ose dire ».

Il y a aussi pêle-mêle : « j’veux dire », « ça le fait », « au taquet », « genre », « juste », « malgré que », « en même temps », « attends », « tu m’étonnes », « grave », « surréaliste ». Pour ce dernier terme, j’avoue avoir moi-même la fâcheuse manie de formuler un « c’est Star Trek »…
Il y en a ainsi des dizaines qui écorchent nos oreilles au quotidien. D’ailleurs, l’on s’aperçoit que ce sont toujours les mêmes qui passent en boucle. La plupart de ces tics malmènent la syntaxe du français sans états d’âme.

Concernant particulièrement le mot juste, on le retrouve très souvent placé n’importe où. Par exemple : « C’est juste pas possible. » Cette expression, dont la syntaxe a été jetée aux oubliettes, est légèrement différente d’un simple « ce n’est pas possible », puisque « juste » apparaît ici comme une notion de limite, venant appuyer un effet catégorique, sans autre alternative. Inversement – et plus justement –, on l’utilise aussi pour souligner la simplicité d’une idée, d’une action : « C’est juste un petit bobo. »

L’adverbe « TROP » qui revient comme un ronron

Impossible de ne pas avoir perçu ce phénomène de mode, très partagé chez les ados (ou alors vous habitez Pluton) : « trop pas » étant l’ultime expression pour le moins absconse.
Cette inversion, qui n’a absolument rien à voir avec « pas trop », souligne l’intensité de la nature du sujet qualifié. Donc « trop pas » signifie ici « pas du tout ! ».
L’adverbe « trop » doit en principe compléter un verbe (il travaille trop) ou venir renforcer un adjectif ou un autre adverbe (elle parle trop vite ; la mer est trop basse pour se baigner).

Mais ce « trop » est également mis à toutes les sauces. Certains l’utilisent – souvent sans s’en rendre compte – dans presque toutes leurs phrases… Que de tics en stock !
Rappelons que le mot trop évoque l’idée de quantité et veut dire à l’excès, de manière démesurée. Cela me permet donc de faire cette pirouette en disant que « trop, c’est trop ! ».

Des exemples ? Il vous suffit simplement de taper dans Twitter le hashtag #trop pour vérifier à la fois la popularité de ce tic et la moyenne d’âge des twittos…

« Il est trop, lui » : trop quoi ? On ne sait pas. Utilisé à tort comme un adjectif, cet adverbe peut en effet prêter à confusion, aucun vrai adjectif explicite n’étant employé à la suite. Du coup, cela peut sous-entendre tout et son contraire : par exemple, le fait d’être un drôle de zigoto mais dans un sens négatif (voleur, menteur, baratineur…) donc trop « mauvais » dans son attitude ; ou alors dans le sens positif (il est malin, il est beau, il est drôle, etc.).

Même si l’on peut évidemment comprendre ce qui est exprimé grâce au contexte de la conversation et/ou au ton employé, cette habitude de ne pas terminer une phrase ouvre la porte à toute sorte d’interprétations appauvrissant la liste d’adjectifs extraordinaires, autrefois proprement utilisés, réduits aujourd’hui à un seul et même ridicule petit mot.

Goodie : essayez de répéter à haute voix ce mot devant votre chat : « trop, trop, trop trop, trop, trop, trop, trop, trop, trop, trop »… Il va vous adorer.

Le double sujet…

La cerise sur le gâteau : le tic qui s’est installé insidieusement dans notre langage courant est une forme grammaticale, ou plutôt un effet de style employé par à peu près tout le monde. Je veux parler du sujet utilisé deux fois de suite de manière systématique.
Exemples :
« La pizza, elle est froide. » (Au lieu de « la pizza est froide »…)
« L’ordi, il est cassé. » (Au lieu de « l’ordi est cassé ».)
« Ma fille, elle veut changer son portable.« . (Au lieu d’un simple « Ma fille veut changer son portable« ..)
« Monsieur Trucmuche, il est au forum des entreprises » (Au lieu de « Monsieur Trucmuche est au forum des entreprises« ..)

Ce tic de langage – qui crée un pléonasme – a malheureusement atteint aussi les journalistes ou animateurs radio, ainsi que leurs invités, quels qu’ils soient. C’est une véritable épidémie.

« Trop la honte quoi ! »

+Anne Ropion